Histoire de la Mairie du 7e
Par la Société d'Histoire et d'Archéologie du VIIe arrondissement
Le Faubourg Saint-Germain a
longtemps fait partie du domaine foncier de l'abbaye de
Saint-Germain des Prés d'où son urbanisation tardive. Il est resté,
jusqu'à la fin du XVIe siècle, une zone de pâturages et de
cultures.
Soucieuses de trouver le calme, les nombreuses communautés
religieuses s'y établissent dans la première moitié du XVIIe
siècle. Les premières demeures aristocratiques apparaissent vers
1645-1650.
L'actuelle mairie du VIIe arrondissement occupe un hôtel du
XVIIe siècle qui a subi de nombreuses transformations au cours des
temps.
De 1645 à 1647, Jacques Le Coigneux, président à mortier au
Parlement de Paris, fait bâtir rue de Grenelle une maison à
l'architecture noble pour « jouir de la tranquillité des champs et
respirer tout à son aise ».
Philippe de Montault, duc de Navailles, futur maréchal de
France, acquiert l'hôtel en 1685. Malgré le rapide développement du
faubourg Saint-Germain et la progression de la ville, la demeure
reste assez longtemps campagnarde. Comme le remarque Saint-Simon, «
faute de pavés, on s'embourbe dans la cour ».
D'abord locataire de l'hôtel de Navailles, Louis-Hector, duc
de Villars, maréchal de France, s'en rend acquéreur en 1710. Après
sa victoire remportée sur les troupes du prince Eugène à Denain
(1712) sauvant Paris de l'invasion étrangère, il fait réaménager
l'hôtel par l'architecte Germain Boffrand. Un portail en forme
d'arc de triomphe orné de trophées d'armes est élevé et les
appartements redécorés pour être mis au goût du jour.
En 1717, lors de la visite à Paris du tsar Pierre le Grand,
le duc de Villars donne un souper pour honorer l'illustre visiteur.
On raconte que lors de cette soirée suivie d'un feu d'artifice, on
joua une symphonie militaire ; le tsar prit un tambour et le
maréchal des cymbales…
Mais l'ancien hôtel Le Coigneux est trop exigu pour l'un des
plus grands personnages de l'Etat. Dès 1717, le maréchal de Villars
fait agrandir sa propriété vers l'Ouest. Il charge Robert de Cotte,
premier architecte du Roi, de dresser les plans du bâtiment appelé
« petit hôtel de Villars » (aujourd'hui cours Paul Claudel, 118 rue
de Grenelle), construit par le maçon Fouquet de Saint-Olive.
En 1730, c'est vers l'Est que l'hôtel de Villars est
agrandi. On y ajoute une galerie. Créée par l'architecte
Jean-Baptiste Leroux, elle est ornée d'un très beau décor rocaille,
œuvre du sculpteur Nicolas Pineau.
Le maréchal de Villars disparaît en 1734. Quarante ans plus
tard, ses héritiers vendent l'hôtel à Louis-Hercule-Timoléon de
Cossé, duc de Brissac, gouverneur de Paris puis commandant de la
garde des Cent Suisses. Grand amateur de peinture, le duc de
Brissac dispose ses collections dans les appartements sans en
modifier beaucoup la décoration. Ses jardins aux plantes rares
deviennent célèbres. Ils sont illuminés de cent mille bougies le
soir de la fête donnée en l'honneur du roi Gustave III de Suède.
Le duc de Brissac est massacré à Versailles, le 9 septembre
1792. Réquisitionné, l'hôtel est affecté au ministère de
l'Intérieur. Lucien Bonaparte y réside, puis Chaptal, auquel
succède de 1804 à 1809 Champagny, duc de Cadore. Les anciens
appartements sont transformés en bureaux par l'architecte Roucelle.
Sous la Restauration, la
duchesse de Mortemart, fille du duc de Brissac, reprend possession
de l'hôtel dont héritent, en 1829, sa fille et son gendre, marquis
et marquise de Forbin-Janson. De cette époque date un grand salon,
aujourd'hui salle du conseil. Mais les Forbin-Janson connaissent de
sérieux revers de fortune et doivent se séparer d'une partie de
leur domaine. Sur la partie septentrionale sont construits les
hôtels donnant sur la rue Las Cases, alors tout juste percée. Une
bande de terrain située à l'Est de la propriété est cédée au
ministère de l'Instruction Publique, installé dans l'ancien hôtel
de Rochechouart. Le grand hôtel de Villars est vendu en 1849 au
banquier Mathiessen et devient bientôt l'ambassade de Turquie.
C'est en 1862 que la Ville de Paris achète l'hôtel de
Villars pour y installer la Mairie du VIIème arrondissement. Les
travaux d'aménagement sont confiés à l'architecte Uchard qui vient
d'achever l'église Saint-François Xavier. Pour faciliter la
circulation, l'entrée sur la rue de Grenelle se fait dès lors par
deux ouvertures surmontées d'importantes voûtes à caisson. Seule
existait auparavant la porte de gauche élevée par Boffrand au
XVIIème siècle et remaniée par Visconti pour les Forbin-Janson.
Uchar opte pour un bâtiment de deux étages sur rue et deux ailes en
retour dans la cour. L'hôtel lui-même est conservé mais son
agrandissement entraîne la démolition de la grande galerie du
maréchal de Villars.
Visite
Il ne reste malheureusement rien des décors du XVIIIe siècle. Ils ont été enlevés, vraisemblablement avant 1860. Des éléments de la grande galerie, sculptée par N. Pineau, ont été remontés dans les châteaux de Mentmore et Waddesdon Manor, en Grande-Bretagne.
Le Bureau du Maire
Le décor de cette pièce
aujourd'hui occupée par Rachida DATI a été réalisé avec des
éléments d'une ancienne bibliothèque créée pour Champagny en
1809.
La salle du conseil

Ancien salon de Jeux décoré en 1834 par le peintre Théophile-Auguste Vauchelet (1802-1873) pour les Forbin-Janson. Au plafond, remanié depuis, on peut encore lire le « F » de Forbin-Janson. Afin d'orner ce salon d'arabesques ou « nouvelles grotesques », l'artiste s'est très largement inspiré des peintures de Charles Errard (1606-1689) pour le cabinet dit « du bord de l'eau » d'Anne d'Autriche au Louvre. Le décor de ce cabinet, démoli en 1798, a été sauvé par Chalgrin puis remonté par l'architecte Baraguey au Palais du Luxembourg dans la salle du Livre d'Or de la Pairie en 1817.
La salle des mariages
Cette pièce se trouve à l'emplacement de la galerie du maréchal
de Villars. Des boiseries, une riche cheminée, un très beau parquet
et un somptueux plafond de style Renaissance encadrent les armes de
la ville de Paris. Une peinture d'Emile Levy, Grand Prix de Rome en
1854, présente trois scènes de circonstance : la demande en
mariage, les célébrations du mariage et la famille. Une Marianne de
Gautherin orne la cheminée.
Le jardin
Bien qu'il ait été amputé d'une partie de sa surface, ce jardin
à l'anglaise, d'un peu moins de 4 000 m², très bien entretenu,
reste un des plus grands du faubourg Saint-Germain. Deux statues
sculptées par Ramus, au début du XIXe siècle, autrefois dans la
cour, ont été placées devant la façade sur le jardin.